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		<title>le jour où&#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Dec 2011 08:55:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le jour où nous sommes devenu 7 milliards, je ne peux résister à vous évoquer ce dessin de presse paru dans le Herald Tribune : Un jeune couple en balade pousse un landau. Une femme s’approche, attendrie : - C’est le premier ? Le mari, un peu vénère : - Non, c’est le sept milliardième ! Le jour où j’avais...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jour où nous sommes devenu 7 milliards, je ne peux résister à vous évoquer ce dessin de presse paru dans le Herald Tribune :<br />
Un jeune couple en balade pousse un landau. Une femme s’approche, attendrie :<br />
- C’est le premier ?<br />
Le mari, un peu <em>vénère</em> :<br />
- Non, c’est le sept milliardième !</p>
<p>Le jour où j’avais envie de vous parler du Tibet, de ces moines et de ces nonnes qui en désespoir de cause s’immolent dans leur lointain monastère de Kirti du Kham, du harcèlement de la communauté tibétaine du Népal par la police financée par le gouvernement chinois. Et des centaines de réfugiés qui, après avoir traversé l’Himalaya à pieds au risque de leur vie, sont toujours ‘rendus’ aux autorités chinoises à la frontière…</p>
<p>Le jour où les Etats-Unis retirent leur participation financière à l’UNESCO, suite à l’élection de la Palestine comme membre de l’organisation. Grandement dommageable alors que le monde a un besoin de plus en plus criant de cette institution pour préserver ce qui reste du patrimoine mondial et le protéger des spéculations en tout genre. Alors que l’un des rôles de cette organisation est de promouvoir l’éducation des filles et des femmes qui sont, comme on le sait, le nerf du développement et de la transmission de la culture, et les mères du prochain milliard d’habitants de la planète.</p>
<p>Le jour de la fête des Lumières où tout le pays célèbre Lakshmi, la déesse de la prospérité, est aussi le jour où Monsanto arrive au Népal avec ses millions de dollars et le support de l’Ambassade américaine pour vendre au Népal son maïs transgénique (OGM) ainsi que les engrais et herbicides spécifiques qui vont avec… Invités tous frais payés, quelques hauts fonctionnaires du Ministère de l’Agriculture sont déjà en éductour sur le terrain. L’histoire ne dit pas combien de visas et de bourses ils ont négocié pour que leurs enfants puissent partir étudier dans les meilleures universités américaines.</p>
<p>Le jour où mon vieux complice Michel Peissel nous a quitté. Explorateur et écrivain, hâbleur et sympathique, ce pionnier de l’Himalaya qui nous a fait rêver du Bhoutan, du Mustang et du Zanskar quand ces régions n’étaient pas encore sur les cartes, qui nous a fait découvrir la guérilla tibétaine au Haut Mustang et les cavaliers du Kham ou les sources du Mékong. Autant d’aventures à lire ou à relire. Comme on dit, avec Michel, c’est une bibliothèque qui disparaît.</p>
<p>Y a des jours comme ça où on voudrait être ailleurs, loin. Et se retrouver après une bonne journée de marche dans un village perdu, serré dans la chaleur conviviale du foyer, un verre de thé à la main, quand la fumée pique les yeux et que le ragout de pommes de terre chante dans la casserole, sans rien savoir du monde&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><em>Jérome Edou</em><br />
<em> Kathmandou, 31 Octobre 2011</em></p>
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		<title>Cairns</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:20:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Cuiridh mi clach air do chàrn…* A l’inverse de notre bon Boris Vian qui se promettait d’aller cracher sur nos tombes, le fameux dicton écossais Cuiridh mi clach air do chàrn, vous l’aviez compris, encourage les vivants à aller placer une pierre sur le cairn d’un copain disparu ! Joli. Comme ces pèlerins tibétains qui découvrent au...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong><em>Cuiridh mi clach air do chàrn…</em></strong>*</p>
<p>A l’inverse de notre bon Boris Vian qui se promettait d’aller cracher sur nos tombes, le fameux dicton écossais <em>Cuiridh mi clach air do chàrn</em>, vous l’aviez compris, encourage les vivants à aller placer une pierre sur le cairn d’un copain disparu ! Joli. Comme ces pèlerins tibétains qui découvrent au loin le vénérable Kailash et qui se prosternent dans la poussière après avoir dûment ajouter leur pierre sur le cairn qui marque la passe aux cris de : <em>Kiki Soso Lha Gyalo</em>, les dieux sont victorieux !</p>
<p>Un cairn est défini comme un amas artificiel de pierre que l’on trouve sur les reliefs. Dans les temps anciens, un cairn pouvait marquer le site d’une bataille, le sommet d’une montagne ou l’endroit où un chariot s’était renversé. Si le terme écossais est passé dans le langage courant, le Français a son équivalent, montjoie. Selon le Petit Larousse, Montjoie : n.f. anc. désignant un monceau de pierre pour marquer les chemins ou pour rappeler un événement important. Ce terme a pris progressivement le sens d’abondance, d’oratoire ou d’oriflamme ce qui explique qu’il devint le cri de ralliement des chevaliers du Moyen Age. Sans être chauvin, force est de constater que de lancer à la face du ciel : ‘Montjoie !’ au sommet d’un col a quand même une autre gueule que  ‘Cairn !‘</p>
<p>Il semble que, dès le néolithique, on plaçait des cairns sur les sépultures pour les protéger des charognards et des pilleurs de tombe. Et chez les juifs, il est encore de coutume aujourd’hui de déposer un petit caillou sur une tombe que l’on visite. De là à imaginer que les stupas bouddhiques ne furent que des mises en forme plus sophistiquée des vieux cairns, il n’y a qu’un pas  que je me plais à franchir allègrement…</p>
<p>Retour du Lac Tsomoriri, j’ai rencontré Roman, suisse, artiste de l’éphémère et maître de la montjoie en pierre sèche. Au sommet du col, tandis que vous reprenez votre souffle ou grignotez trois arachides, il s’écarte un peu, nez au sol, pour trouver le galet idéal, – pierre philosophale ? -, rechercher un équilibre improbable et offrir aux hommes et aux dieux un instant d’éternité.</p>
<p>C’est équitable, biodégradable et politiquement correct ; ça ne fait pas grossir car ça remplace avantageusement la cacahuète, alors, amis trekkeurs, laissez parler l’artiste qui sommeille en vous.</p>
<p>A vos cairns, ‘’Montjoie !’’</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Jérome Edou<br />
Lac Tsomoriri, Ladakh</p>
<p>* ‘<em>J’irai déposer une pierre sur ton cairn’</em></p>
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		<title>Rana Tharus</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:19:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Selon la légende, les tribus Rana Tharu de la jungle népalaise, seraient des descendantes du prince Rana Pratad du Rajasthan. Fuyant l’envahisseur Moghol, et laissant derrière elles leurs princes de mari pour défendre la patrie, les princesses Rana se seraient enfuies vers la jungle avec leurs serviteurs, avec lesquels elles eurent, bien sûr, beaucoup d’enfants....]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Selon la légende, les tribus Rana Tharu de la jungle népalaise, seraient des descendantes du prince Rana Pratad du Rajasthan. Fuyant l’envahisseur Moghol, et laissant derrière elles leurs princes de mari pour défendre la patrie, les princesses Rana se seraient enfuies vers la jungle avec leurs serviteurs, avec lesquels elles eurent, bien sûr, beaucoup d’enfants. C’est la raison pour laquelle la société Rana Tharu est toujours matriarcale ; on dit par exemple que les femmes servent leurs maris en poussant les plats avec le pied, pour bien leur montrer qu’ils n’ont pas gardé les cochons ensembles…</p>
<p>Aux côtés des Bhaloo, Sherkhan, Baghéra et autres Colonel Hathi*, ces dames firent souche dans cette jungle à la Kipling, qui n’était à l’époque qu’un vaste foyer de malaria et un terrain de chasse pour les élites de Katmandou. Suite à une immigration massive de populations descendues des collines dans les années soixante, ce Taraï est devenu aujourd’hui le grenier du Népal.</p>
<p>Difficiles d’accès pendant la guérilla maoïste, ces bucoliques villages en pisé, d’une propreté toute ‘helvétique’, offrent de superbes balades, loin des dénivelés himalayens, entre bougainvilliers et jacarandas. Et c’est bien sûr la beauté des femmes Rana dans leurs larges jupes en patchwork de couleurs vives, rehaussées de miroirs, de cabochons et de breloques, qui éblouit le voyageur et met le photographe en transe, notamment lors des grands festivals de Holi ou de la Fête des Lumières.</p>
<p>Mais comme souvent dans les régions tribales, on ne peut s’empêcher de se sentir un tantinet voyeur, même si les hommes vous accueillent dans la cour avec une affable dignité tandis que les femmes, drapées dans leur timidité, vous apportent un <em>charpoï</em>** avant de disparaître dans la pénombre de la maison.</p>
<p>Eternelle contradiction de voy(ag)eur, qui voudrait voir sans être vu, recevoir mais a peu à donner en retour – à part un sourire ou une cigarette -, qui ne veut pas troubler l’intimité d’une famille mais ne rêve que d’une chose, c’est de pouvoir pénétrer dans ces belles maisons en pisé où on ne l’invite pourtant pas à entrer… Dur de sortir des sentiers battus, dur d’agir vraiment en touriste responsable, dur d’être durable, dur, comme on disait en 68, d’assumer ses contradictions à moins de ne faire de trek que pour aller vider sa poubelle, après tri sélectif, aller/retour… <em>(voir l’édito de JMPorte, Trek Mag de Juin 08)</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Jérome Edou</p>
<p align="right"><em><br />
</em></p>
<p><em>* Malin, le père Kipling : bhaloo signifie ours en hindi et en népalais, sherkhan, tigre, baghéra, panthère ou léopard, et hatthi, éléphant bien sûr !</em></p>
<p><em>** Charpoï : ‘4 pieds’, lit de cordes qui sert aussi de siège pendant la journée.</em></p>
</div>
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		<title>Le choc des vautours</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:18:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fossoyeurs célestes Dans tout le sous-continent indien, les vautours jouent un rôle essentiel de nettoyeurs de carcasses, ce qui évite notamment la propagation des maladies. Mais du Ladakh au Dolpo, du Kham au Bhoutan en passant par le Spiti ou le Mustang, comme dans les communautés Parci de l’Inde, leur fonction principale consiste à disposer...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>Fossoyeurs <em>célestes</em></strong></p>
<p>Dans tout le sous-continent indien, les vautours jouent un rôle essentiel de nettoyeurs de carcasses, ce qui évite notamment la propagation des maladies. Mais du Ladakh au Dolpo, du Kham au Bhoutan en passant par le Spiti ou le Mustang, comme dans les communautés Parci de l’Inde, leur fonction principale consiste à disposer des cadavres humains qui leur sont offerts en pâture.</p>
<p>Pour tous ceux qui ont approché de près ou de loin la tradition bouddhique tibétaine, ces “cimetières célestes” exercent une facination particulière, sorte de baptême du feu comme les quarantièmes rugissants des marins au long cours. Cette pratique d’offrande du corps se fait en général sur une aire à l’écart d’un monastère : celui de Drigung est le plus célèbre du Tibet car les moines de ce monastère sont détenteurs d’une longue tradition du transfert de conscience au moment de la mort, mais on trouve des cimetières célestes aux abords de chaque village himalayen, comme les cimetières de nos campagnes – le cyprès en moins, le pin himalayen en plus !</p>
<p>Au cours des années, j’ai assisté souvent à ce rituel, cru certes mais digne et propre, du dépeçage des cadavres humains qui sont coupés en morceaux et broyés pour être offerts aux rapaces, et dont il ne subsiste pas la moindre trace. Mais depuis quelques années les gens se plaignent qu’il n’y a plus assez de vautours et cette pénurie pose un véritable problème aux populations des montagnes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Selon la tradition tibétaine, la dépouille mortelle doit retourner à l’un des quatre éléments : terre, feu, eau ou air. La terre – l’enterrement – et l’eau – les rivières – sont considérés comme des éléments inférieurs et sont donc en général évités. L’incinération est très prisée mais le bois étant rare et donc cher, elle est souvent réservée aux dignitaires religieux. Reste l’élément air représenté par les vautours qui est le moyen le plus répandu parce que le plus facile – et le moins cher, de disposer des morts.</p>
<p>Malheureusement depuis quelques années les vautours himalayens sont en voie d’extinction. Pour le seul Népal on estime que, sur quelques 50 000 couples recensés il y a dix ans, il n’en resterait plus guère qu’un millier aujourd’hui, et le scénario serait identique en Inde et au Tibet. Des chercheurs du monde entier qui se penchent sur le problème depuis des années, ont présenté il y a quelques semaines le résultat de leurs travaux à la Conférence International de Delhi pour la préservation des vautours : les vautours seraient, semble-t-il, décimés par un anti-inflammatoire vétérinaire, le diclofenac, qu’ils ingèrent en dépeçant les carcasses d’animaux et qui les tue. Les spécialistes auraient donc trouvé un substitut, identique mais inoffensif pour les vautours, le meloxicam, qui pourrait réduire de 50 à 60% la mortalité des rapaces mais qu’il s’agit maintenant de faire accepter par les administrations, les ministères, les laboratoires : bref le vrai travail commence.</p>
<p>En tout cas voilà peut-être le début d’une bonne nouvelle à l’heure où les migrateurs n’ont pas vraiment bonne presse : peut-être reverrons-nous bientôt au sommet des cols, entre drapeaux à prière et cairns votifs, le majestueux ballet aérien d’un griffon himalayen, d’un vautour royal ou d’un gypaète barbu….</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Jérome Edou</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Yarshakambu</title>
		<link>http://www.basecamptrek.com/blog/yarshakambu/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:18:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fleur l’été, insecte l’hiver   Tibet de l’Est, massif du Minyak Kangka. Dans la cour de ce monastère perdu, pas un bruit, pas une âme ; seuls quelques chiens se chauffent paresseusement au soleil. Le monastère semble déserté. Avisant un jeune moine, celui-ci nous conduit sans un mot aux cuisines. Devant une tasse de thé,  nous demandons...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong><em>Fleur l’été, insecte l’hiver</em></strong></p>
<p>  Tibet de l’Est, massif du Minyak Kangka. Dans la cour de ce monastère perdu, pas un bruit, pas une âme ; seuls quelques chiens se chauffent paresseusement au soleil. Le monastère semble déserté. Avisant un jeune moine, celui-ci nous conduit sans un mot aux cuisines. Devant une tasse de thé,  nous demandons au vieux moine qui nous accueille de son chaleureux sourire édenté :</p>
<p>- Pas beaucoup de moines dans ce monastère ?<br />
- Oh si, deux cent cinquante environ<br />
- Mais, où sont-ils ?<br />
- Yarsagumbu !<br />
- Yarsagumbu…?<br />
- Fleur l’été, insecte l’hiver !  C’est ainsi que se traduit le mot tibétain <em>Yarsagumbu</em>. Tous les moines sont partis à la cueillette du Yarsagumbu. Chaque année à cette époque, ils partent pour un mois et gagnent assez d’argent pour vivre tout le reste de l’année au monastère.<br />
- … ?</p>
<p>C’est ainsi que j’entendis parler pour la première fois de cette drôle de bête, un champignon/insecte qui fait aujourd’hui courir tous les peuples de l’Himalaya, du Bhoutan au Ladakh, du Népal au Tibet. En cherchant mieux, je me  suis rendu compte que la bébête avait même un nom scientifique en latin : <em>cordyceps sinensis</em>. Il semble que des spores de champignons, le <em>cordyceps</em> chinois donc, se fixent sur la tête de chenilles vivant dans les alpages himalayens entre 3500 et 4500 m d’altitude. Progressivement le champignon pénètre si profondément dans le corps de la chenille qu’il la traverse de part en part et lui ressort par la tête ! Il lui pompe toute son énergie et il finit par la tuer, les deux restant indissociablement unis en une sorte de racine d’une dizaine de centimètres de long que l’on ramasse avant la mousson.</p>
<p>Ses propriétés étaient connues depuis des millénaires par les bergers qui avaient constatés que leurs yacks jouissaient d’une forme éblouissante lorsqu’ils en mangeaient à l’état naturel dans les alpages. Les Tibétains l’utilisent dans la médecine tibétaine traditionnelle depuis toujours et l’on dit que les Ming en étaient déjà friands au XIIIième siècle.</p>
<p>Aujourd’hui c’est la ruée vers l’or : des villages entiers du Népal et du Tibet partent pendant le mois de Mai en quête de cet étrange champignon auquel on prête toutes sortes de vertus médicinales : contre le mal de dents, les maux de tête, comme tonifiant pour les reins et les poumons, contre la leucémie, la lèpre ou la tuberculose et bien sûr… contre l’impuissance. Bref une sorte de viagra végétal et himalayen ! Il n’en fallait pas plus pour que le champignon devienne un succès en Chine, venant s’ajouter à la longue liste des stimulants sexuels tels la corne de rhinocéros, la queue de serpent, les organes génitales de tigre et autres délicatesses du même genre !</p>
<p>En ce mois de mai, à Lithang, comme dans tous les villages du Kham (Tibet de l’Est), Tibétains, hommes et femmes, sont assis à même le sol au milieu des voitures et des motos : c’est la fièvre du Yarsagumbu. Les acheteurs chinois, lunettes noires, cigarette à la couche et portables à l’oreille, déambulent devant les étals et font leur marché. Les petites plantes finiront dans des bocaux et feront les délices des parties fines de Hongkong, de Shanghaï ou de Taïpe.</p>
<p>Au Népal, en ces temps de disette, les revenus de la cueillette sont  édifiants : on considère que les cueilleurs peuvent gagner jusqu’à 2500 roupies par jour (30 €) soit plus que le revenu mensuel moyen de la plupart des Népalais. Le kilo de Yarsagumbu peut atteindre la somme de 200 000 roupies (2200 €) localement et sera revendu jusqu’à vingt fois ce prix sur les marchés de Chengdu ou de Changhaï !  Comme nous le disait récemment le vieux Trinlé, yakman devant l’éternel et héros du film de Valli ‘Himalaya enfance d’un chef’ :</p>
<p>‘- Aujourd’hui au Dolpo, plus personne ne s’intéresse au commerce du sel. Même les gamins désertent l’école pour courir les montagnes à la recherche du Yarsagumbu. En même temps cet apport d’argent frais est une vraie bénédiction pour les plus pauvres mais jusqu’où ira cette folie de l’argent facile qui fait tourner la tête de tous les habitants de la région ?’</p>
<p>Le gouvernement népalais en avait interdit la cueillette jusqu’en 2001, favorisant ainsi le marché noir qui a rapidement été pris en main par les Maoistes. Selon certains experts, le trafique du Yarsagumbu aurait rapporté, l’année dernière, plus de 70 millions de roupies aux groupes maoistes. On comprend dès lors pourquoi les inspecteurs des Nations-Unies ne retrouvent jamais leurs quotas de militants dans les camps où les Maoistes sont censés être cantonnés…</p>
<p align="right">Jerome Edou</p>
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		<title>Restauration au Royaume de Lo</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:17:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pendant des siècles, le grand canyon de la Kali Gandaki entre Népal et Tibet fut l’une des routes commerciales les plus fréquentées de l’Himalaya. Oasis au cœur du désert ocre, le petit royaume du Lo Manthang, – appelé Mustang par les Anglais, nom qui n’a rien à voir avec les chevaux du Far West américain...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center">Pendant des siècles, le grand canyon de la Kali Gandaki entre Népal et Tibet fut l’une des routes commerciales les plus fréquentées de l’Himalaya. Oasis au cœur du désert ocre, le petit royaume du Lo Manthang, – appelé Mustang par les Anglais, nom qui n’a rien à voir avec les chevaux du Far West américain – fut pendant près d’un millénaire le passage obligé pour les caravanes de commerce qui faisaient étapes dans les caravansérails de cette capitale miniature du bout du monde.</p>
<p>Au fil des saisons, les sonnailles des longues caravanes de mules festonnées résonnaient sur les sentiers escarpés qui surplombent les gorges de la Kali Gandaki. Inlassablement, elles descendaient du Tibet le sel et la laine et remontaient du Népal ou de l’Inde, le thé, le riz et autres produits manufacturés. Solidement retranchés dans leur puissante forteresse, à l’abri des hauts murs qui ceinturent leur cité, les rois de Lo accumulèrent des richesses fabuleuses en prélevant des taxes sur tous ces produits qui transitaient par la ville.</p>
<p>Comme leurs homologues de Katmandou ou du Ladakh, les princes de Lo investirent donc ces richesses, amassées somme toute facilement, dans des œuvres de culture. Ils invitèrent des artistes néwars, – peintres, sculpteurs et charpentiers – et des maîtres bouddhistes du Tibet qui, ensemble, érigèrent les temples de Lo, de Tsarang ou de Lo Guékhar. De cette terre que l’assistant tibétain de Peissel, qui visita le Mustang en 1964, décrivait comme ‘’aussi désolé qu’une peau de cerf mort’’, ils firent sortir des chefs d’œuvres.</p>
<p>Dans la pénombre du grand temple de Maitreya, les grands Bouddhas sommeillent sous leurs parures d’or et de brocart tandis que, dehors, dans la lumière aveuglante de midi, règne une frénétique agitation. Ici les charpentiers sculptent des linteaux, là les peintres arriment leur lourd échafaudage, plus loin des artisans réparent les arabesques d’un chorten de terre rouge, tandis que, dans un coin de la cour, quelques femmes préparent d’étranges mixtures dans de grands chaudrons de cuivre qui frémissent sur un feu de bois. Au milieu du chaos, Luigi, italien et responsable de la restauration du temple, tel un capitaine de vaisseau dans la tempête, distribue les ordres. Il encourage les uns, prête la main aux autres, choisis d’un rapide coup d’œil expert la tonalité d’une retouche de cinabre ou le motif d’une frise.</p>
<p>Quand la tourmente s’apaise, il nous fait pénétrer dans son antre : ‘’- Cela fait neuf étés que je passe ici. J’ai formé une équipe de quarante artistes locaux, tous d’anciens paysans, qui travaillent avec moi. Nous avons passé quatre campagnes à gratter la couche d’argile qui recouvrait les fresques puis il a fallu recoller des pans entiers qui s’étaient détachés des murs, avec des plaques vissées, – quelques millimètres par jour pendant des mois – tout en injectant de l’eau à la seringue entre les deux épaisseurs pour faire fondre les boules d’argile. Dur nerveusement !’’ Libérés de leur gangue, cent huit mandalas du XVième, d’un raffinement inouï, ont ressurgit dans ce décors où le temps et les éléments semblent fossilisés. Tout à sa passion Luigi évoque aussi sa récente découverte dans la région de Luri. Parti en mission exploratoire avec une équipe d’alpinistes et de chercheurs, un berger leur indiqua une grotte où ils découvrirent plus de cinquante fresques d’influence indienne dans un état de conservation extraordinaire et datant sans doute des alentours du  XIII ième siècle, témoignages inestimables d’un art accomplit digne des trésors d’Ajanta ou d’Alchi.  ‘’Qui a habité ces grottes percées au cœur de ces falaises abruptes ? Pour l’instant cela reste un mystère insondable. Et, ajoute-t-il philosophe, il y a plus quarante mille grottes au Mustang…’’</p>
<p>Au loin, la caravane s’est remise en route et négocie avec précaution les lacets du sentier qui dominent la Kali Gandaki tandis que les nuages de prémousson s’effilochent lentement sur les Annapurnas et le Dhaulagiri.</p>
<p>Jérome Edou</p>
<p align="right">Lo Manthang, Mustang</p>
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		<title>La dernière année du Tigre ?</title>
		<link>http://www.basecamptrek.com/blog/la-derniere-annee-du-tigre/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:16:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
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		<description><![CDATA[1411 : c’est la population de tigres vivants, à l’état sauvage en Inde aujourd’hui. Selon les experts, il n’en resterait qu’une cinquantaine Chine, et environ 120 au Népal… Le calendrier chinois est composé de 12 animaux et de 4 éléments qui, combinés, forment un cycle de quarante-huit années. Donc les années du Tigre se retrouvent...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>1411 : c’est la population de tigres vivants, à l’état sauvage en Inde aujourd’hui. Selon les experts, il n’en resterait qu’une cinquantaine Chine, et environ 120 au Népal…</p>
<p>Le calendrier chinois est composé de 12 animaux et de 4 éléments qui, combinés, forment un cycle de quarante-huit années. Donc les années du Tigre se retrouvent tous les 12 ans, associées à un élément différent. En ce premier jour de l’année du Tigre de Fer – que les Tibétains ne fêteront pas à la demande du Dalaï Lama et en solidarité avec l’oppression qui règne toujours au Tibet – treize pays d’Asie se sont engagés à doubler la population de tigres, estimée aujourd’hui à 3200, d’ici 12 ans, la prochaine année du Tigre. Cet accord proposé par le World Wildlife Fund a été signé en septembre dernier au sommet de Hua Hin en Thaïlande et devrait être entériné en avril 2010 à Doha.</p>
<p>Malheureusement, ces déclarations d’intention sont difficiles à mettre en œuvre. Si le Népal a été un pionnier dans la mise en place de programmes de protection de la nature et de la vie sauvage, on assiste aujourd’hui à la diminution annuelle de l’habitat : la population népalaise a doublé depuis 1980 et de nombreux villageois fuyant les zones de conflit se sont installées dans la jungle du Téraï. De plus l’instabilité politique et la vacance du pouvoir ont laissé la porte grande ouverte au braconnage, la déforestation sauvage et l’établissement de villages sur les terres des parcs nationaux. En Chine, en ce début d’année, on constate une forte demande pour tout ce qui touche au tigre, la fourrure bien sûr mais aussi les os et les organes – même s’il a été prouvé que ceux-ci n’étaient pas différents de ceux des chiens ou des cochons ! En Inde l’afflux de visiteurs dans les Parcs de Corbett, Khana ou Ramthambore rend la survie des animaux problématiques sachant que la diminution d’une population la rend d’autant plus vulnérable : diminution des reproducteurs ou de femelles, consanguinité, cycle négatif connu. Comme le déplorait récemment un expert indien de la protection du tigre : ‘’Aujourd’hui on assiste à un dérapage de la mission du Département de la forêt en Inde qui délaisse son mandat de protection pure et simple au profit d’un éco-dévelopement, de réformes inutiles de l’habitat et autres distractions du même genre’’.</p>
<p>Depuis des milliers d’année a résonné dans toute l’Asie l’appel du tigre dans la profondeur de la jungle. Cet appel a inspiré peur et fascination, art et littérature, folklore et légendes. Mais de ces vastes jungles il ne reste aujourd’hui que des fragments et beaucoup sont à jamais silencieux. Que l’on puisse encore entendre le feulement d’un tigre en liberté dans 12 ans est l’affaire de tous pour que nos enfants ne pensent pas que le tigre est comme les canaris, qu’il ne peut vivre que dans une cage…<br />
Rendez-vous en 2022…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Jérome Edou</p>
<p>Jour du Nouvel an de l’année du Tigre de Fer</p>
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		<title>L’eprit du vent</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:15:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C’est l’histoire (zen) de deux moines qui regardent un drapeau de prière agité par le vent : - ‘C’est le vent qui bouge’ dit le premier. - ‘Non’ répond l’autre ‘c’est le drapeau’ Incapables de trancher, ils décident d’aller placer la question devant le maître du monastère… J’aime les drapeaux de prière qui flottent au sommet...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est l’histoire (zen) de deux moines qui regardent un drapeau de prière agité par le vent :<br />
- ‘C’est le vent qui bouge’ dit le premier.<br />
- ‘Non’ répond l’autre ‘c’est le drapeau’</p>
<p>Incapables de trancher, ils décident d’aller placer la question devant le maître du monastère…</p>
<p>J’aime les drapeaux de prière qui flottent au sommet des cols, entre les parois des gorges ou sur les ponts suspendus de l’Himalaya. Le Cheval du Vent (<em>lungta</em> en tibétain) est un animal mythique qui emporte au gré du vent les prières et les souhaits. Fugaces comme l’esprit, éphémères témoignages d’humanité dans l’univers minéral, ils sont, comme le vent, signes de l’impermanence de toute chose. Pour le marcheur, ils sont comme la respiration, l’âme même du voyage tandis que pour le méditant dans la solitude de sa retraite, le Cheval du Vent symbolise la monture que chevauche l’esprit, le souffle, qu’il convient d’apaiser.</p>
<p>En ce jour du Nouvel an tibétain, sur le grand Stupa de Bodnath à quelques encablures de Katmandou, j’observe un moment le ballet des jeunes népalais chargés de l’entretien du stupa. Accrochés au sommet de la flèche, ils tissent patiemment dans toutes les directions leur toile de drapeaux multicolores qu’ils doivent remplacer ce jour de Losar tandis que les anciens seront brûlés pour qu’il n’en reste aucune trace.</p>
<p>On voudrait l’éternité, que tout demeure, que rien ne change – amour toujours ! – que la vie soit à l’abri du temps, du devenir. Mais cette aspiration à l’immobile ne serait-ce pas déjà une image de la mort ? ‘A trop vouloir l’éternité, c’est la vie que l’on trahit, seuls les morts sont immortels !’ comme dit Compte-Sponville*</p>
<p>Alors ? Alors il faut aimer cette impermanence, cette fugacité de la vie, ce rythme du souffle sur lequel on règle son pas. Car au bout du chemin, c’est toujours le vent qui gagne : c’est lui qui use les montagnes – et non l’inverse -, et lors de notre dernier souffle, c’est le vent qui l’emporte…</p>
<p>Quant à savoir si c’est le vent qui bouge ou si c’est le drapeau de prière, la réponse du Maître est toujours la même :<br />
- ‘Ce n’est ni le vent ni le drapeau, il n’y a que votre esprit qui s’agite !’</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Jérome Edou<br />
Jour de Nouvel An tibétain</p>
<p>* Un bon bouquin à mettre au fond d’un sac de voyage : A. Comte-Sponville : <em>Le goût de vivre et cent autres propos</em>, Ed A Michel 2010</p>
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		<title>Parole de Tibétain</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:03:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En ce début Juillet, le monde ne sait toujours pas que le Tibet a rouvert ses portes aux voyageurs et seuls quelques touristes taïwanais déambulent parmi la foule dévote et bavarde  devant le temple du Jokhang, au cœur de la capitale tibétaine. A contre courant de la foule, comme une provocation, une escouade de militaires,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En ce début Juillet, le monde ne sait toujours pas que le Tibet a rouvert ses portes aux voyageurs et seuls quelques touristes taïwanais déambulent parmi la foule dévote et bavarde  devant le temple du Jokhang, au cœur de la capitale tibétaine. A contre courant de la foule, comme une provocation, une escouade de militaires, casqués et boucliés, le fusil à l’épaule et le talky à l’oreille, défile au pas entre les prosternants qui ont appris à ne plus les voir.</p>
<p>Depuis les émeutes de Mars 08, le Tibet est resté fermé aux étrangers et nombreux sont les business, notamment des agences de voyage, qui ont dû mettre la clé sous la porte. Comme notre ami Stone, chinois de lAmdo, francophone et amoureux du Tibet qui a dû fermer son agence et repartir comme traducteur dans d’improbables mine de cuivre ou de nickel au fin fond du Mali.</p>
<p>Ayant quitté les rives du Brahmapoutre, et après quelques jours de marche soutenus, nous avons finalement planté nos tentes sous le col qui domine le Yamdrok, le Lac de Turquoise. A 5 000 m d’altitude l’air si cristallin qu’on distingue nettement la chaîne himalayenne, du Kulakangri à l’Everest, là-bas, très loin au Sud. Un aigle siffle en traçant de larges arabesques au-dessus de nos têtes, quelques mouflons bleus – <em>ovis polli</em> décrits pour la première fois par Marco Pollo – jouent les funambules sur les lignes de crête, un jeune berger nous observe quelques minutes, silencieux et grave, avant de redescendre son troupeau de chèvre dans la vallée tandis que les hommes rassemblent les yaks et les entravent pour la nuit. Instants suspendus entre ciel et terre, entre chien et loup, entre langueur et exaltation; instants de profonde humanité où, la fatigue aidant, les cœurs se délient :</p>
<p>‘’- Les rapports historiques entre Chine et Tibet, la question de l’indépendance ou de l’autonomie, l’identité tibétaine et la préservation de notre culture, toutes ces questions essentielles que le monde se pose et nous pose sans cesse, sont pourtant, pour nous Tibétains du Tibet, secondaires. La seule chose que nous réclamons aujourd’hui c’est la liberté d’expression, pour le reste on verra après. Pouvez-vous imaginer ce que signifie pour un homme ou une femme de ne jamais pouvoir parler librement ? De ne jamais pouvoir dire ce que l’on pense, même à un ami ? De devoir, en toute circonstance, de nuit comme de jour, contrôler ses paroles car l’ombre de <em>big Brother </em>plane au-dessus de votre tête ? Et ce n’est pas de la paranoïa : un de mes amis vient de faire six mois de prison pour un <em>sms </em>de deux lignes…<br />
J’ai 35 ans, je suis Tibétain, né avec la révolution culturelle. A part les quelques années que j’ai passées en Inde pour étudier, je n’ai jamais pu parler librement… Souffrance de la parole verrouillée, tension et peur quotidiennes, la liberté de parole est notre première revendication aujourd’hui. Ceux qui en jouissent librement ne peuvent se rendre compte de ce que signifie d’en être privé mais nous comprenons pourquoi ce fut le premier amendement de la Constitution américaine en 1789 et l’article 11 de la <em>Déclaration des droits de l’homme et du citoyen</em>. Toujours privés de ce droit fondamental, nous ne sommes, au Tibet aujourd’hui, ni l’un ni l’autre, ni hommes, ni citoyens…’’</p>
<p>Sonam s’est tu tandis que la nuit descend doucement sur le haut plateau tibétain.</p>
<p align="right">Jerome Edou</p>
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		<title>Bisket Jatra</title>
		<link>http://www.basecamptrek.com/blog/bisket-jatra/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 15:02:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jerome</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il était une fois une jolie princesse népalaise de Bhaktapur dont les maris mourraient les uns après les autres, dévorés la nuit par des serpents. Un prince indien, adepte du tantrisme et néanmoins très épris de la belle, décida de l’épouser à son tour. Au cours de leur nuit de noce, il entendit un sifflement...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il était une fois une jolie princesse népalaise de Bhaktapur dont les maris mourraient les uns après les autres, dévorés la nuit par des serpents. Un prince indien, adepte du tantrisme et néanmoins très épris de la belle, décida de l’épouser à son tour. Au cours de leur nuit de noce, il entendit un sifflement et vit deux serpents sortir des narines de sa dulcinée ; ils grandirent de plus en plus jusqu’à atteindre une longueur de 55 coudées ! Avec son épée de vajrayogi (genre Escalibur) il leur coupa la tête. Pour rendre hommage à sa bravoure, le roi fit ériger un mât où il accrocha les dépouilles pour que tous puissent les voir.<br />
Le protecteur Bhairava, un aspect courroucé de Shiva et résident à Bénarès, intrigué, vint assister à la fête. Les gens de Bhaktapur flattés d’une telle visite demandèrent à la déesse locale Bhadrakali de le séduire pour qu’il reste dans la ville. Ils lui construisirent un temple et l’y installèrent.<br />
Depuis lors, chaque année au moment du Nouvel an népalais, les habitants élèvent un gigantesque mât sur lequel sont accrochés deux bandes de tissu qui représentent symboliquement les serpents. Sont alors installés dans deux chariots mal fagotés aux roues pleines et bancales, les représentations de Mr Bhairava et de Mme Bhadrakali qui viennent en grande pompe assister au spectacle. La ville entière est sur la place : les jeunes filles aux balcons, les bambins dans les bras tandis que plusieurs centaines d’hommes s’escriment pour faire progresser quelques mètres les chariots dans les ruelles sinueuses. A hue, à dia, dans une totale anarchie, chacun voulant être un instant à la proue ou à la poupe, le capitaine éphémère de cet esquif incertain. Puis les cordes retenant le grand mât sont libérées et la foule s’en empare en hurlant. Ca tire, ça roule, ça tangue sur cette houle humaine : les fils électriques sont emportés dans la tourmente, les tuiles arrachées d’un temple pleuvent mais qui s’en soucie ? Après quelques minutes indécises, sous trop de pression le mât gigantesque éclate dans un coup de tonnerre et s’abat sur la foule… Mauvaise augure mais cette année au moins il n’y a pas eu de morts.</p>
<p>Plus tard dans la soirée, lorsque finalement les chariots de Mr et Mme s’accouplent à trois reprises, la foule, jeunes et vieux, des enfants aux vieillards, dans un même halètement jouit à l’unisson du couple divin ! Insémination artificielle certes, mais extase partagée par toute la communauté qui regagne ensuite ses pénates dans la nuit maintenant silencieuse.<br />
Hébété, je reste assis là sur la place désertée : depuis 25 ans dans ce pays, je n’avais encore jamais vu ça, j’en ai encore la chaire de poule…</p>
<p>Demain, la ville entière, avec ses échoppes et ses cybercafés, ses paysans vannant le riz sur les places et ses businessmen pressés aura reprit pieds tranquillement dans le XXI° siècle.</p>
<p align="right">
<p align="right">Jerome Edou</p>
<p>Bhaktapur, du ‘Festival de la morts des serpents’</p>
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