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A l’inverse de notre bon Boris (Vian) qui se promettait d’aller cracher sur nos tombes, le fameux dicton écossais Cuiridh mi clach air do chàrn, vous l’aviez compris, encourage les vivants à aller placer une pierre sur le cairn d’un copain disparu ! Joli. Comme ces pèlerins tibétains qui découvrent au loin le vénérable Kailash et qui se prosternent dans la poussière après avoir dûment ajouter leur pierre sur le cairn qui marque la passe aux cris de : Kiki Soso Lha Gyalo, les dieux sont victorieux !
Un cairn est défini comme un amas artificiel de pierre que l’on trouve sur les reliefs. Dans les temps anciens, un cairn pouvait marquer le site d’une bataille, le sommet d’une montagne ou l’endroit où un chariot s’était renversé. Si le terme écossais est passé dans le langage courant, le Français a son équivalent, montjoie. Selon le Petit Larousse, Montjoie : n.f. anc. désignant un monceau de pierre pour marquer les chemins ou pour rappeler un événement important. Ce terme a pris progressivement le sens d’abondance, d’oratoire ou d’oriflamme ce qui explique qu’il devint le cri de ralliement des chevaliers du Moyen Age. Sans être chauvin, force est de constater que de lancer à la face du ciel : ‘Montjoie !’ au sommet d’un col a quand même une autre gueule que ‘Cairn !‘
Il semble (merci Wikipedia) que, dès le néolithique, on plaçait des cairns sur les sépultures pour les protéger des charognards et des pilleurs de tombe. Et chez les juifs, il est encore de coutume aujourd’hui de déposer un petit caillou sur une tombe que l’on visite. De là à imaginer que les stupas bouddhiques ne furent que des mises en forme plus sophistiquée des vieux cairns, il n’y a qu’un pas que je me plais à franchir allègrement…
Retour du Lac Tsomoriri, j’ai rencontré Roman, suisse, artiste de l’éphémère et maître de la montjoie en pierre sèche. Au sommet du col, tandis que vous reprenez votre souffle ou grignotez trois arachides, il s’écarte un peu, nez au sol, pour trouver le galet idéal, - pierre philosophale ? -, rechercher un équilibre improbable et offrir aux hommes et aux dieux un instant d’éternité.
C’est équitable, biodégradable et politiquement correct ; ça ne fait pas grossir car ça remplace avantageusement la cacahuète, alors, amis trekkeurs, laissez parler l’artiste qui sommeille en vous.
A vos cairns, ‘’Montjoie !’’
Jérome Edou
Lac Tsomoriri, Ladakh
Octobre 08
jerome@basecamptrek.com
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