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Selon la légende, les tribus Rana Tharu de la jungle népalaise, seraient des descendantes du prince Rana Pratad du Rajasthan. Fuyant l’envahisseur Moghol, et laissant derrière elles leurs princes de mari pour défendre la patrie, les princesses Rana se seraient enfuies vers la jungle avec leurs serviteurs, avec lesquels elles eurent, bien sûr, beaucoup d’enfants. C’est la raison pour laquelle la société Rana Tharu est toujours matriarcale ; on dit par exemple que les femmes servent leurs maris en poussant les plats avec le pied, pour bien leur montrer qu’ils n’ont pas gardé les cochons ensembles...
Aux côtés des Bhaloo, Sherkhan, Baghéra et autres Colonel Hathi*, ces dames firent souche dans cette jungle à la Kipling, qui n’était à l’époque qu’un vaste foyer de malaria et un terrain de chasse pour les élites de Katmandou. Suite à une immigration massive de populations descendues des collines dans les années soixante, ce Taraï est devenu aujourd’hui le grenier du Népal.
Difficiles d’accès pendant la guérilla maoïste, ces bucoliques villages en pisé, d’une propreté toute ‘helvétique’, offrent de superbes balades, loin des dénivelés himalayens, entre bougainvilliers et jacarandas. Et c’est bien sûr la beauté des femmes Rana dans leurs larges jupes en patchwork de couleurs vives, rehaussées de miroirs, de cabochons et de breloques, qui éblouit le voyageur et met le photographe en transe, notamment lors des grands festivals de Holi ou de la Fête des Lumières.
Mais comme souvent dans les régions tribales, on ne peut s’empêcher de se sentir un tantinet voyeur, même si les hommes vous accueillent dans la cour avec une affable dignité tandis que les femmes, drapées dans leur timidité, vous apportent un charpoï** avant de disparaître dans la pénombre de la maison.
Eternelle contradiction de voy(ag)eur, qui voudrait voir sans être vu, recevoir mais a peu à donner en retour - à part un sourire ou une cigarette -, qui ne veut pas troubler l’intimité d’une famille mais ne rêve que d’une chose, c’est de pouvoir pénétrer dans ces belles maisons en pisé où on ne l’invite pourtant pas à entrer… Dur de sortir des sentiers battus, dur d’agir vraiment en touriste responsable, dur d’être durable, dur, comme on disait en 68, d’assumer ses contradictions à moins de ne faire de trek que pour aller vider sa poubelle, après tri sélectif, aller/retour… (voir l’édito de JMPorte, Trek Mag de Juin 08)
* Malin, le père Kipling : bhaloo signifie ours en hindi et en népalais, sherkhan, tigre, baghéra, panthère ou léopard, et hatthi, éléphant bien sûr !
** Charpoï : ‘4 pieds’, lit de cordes qui sert aussi de siège pendant la journée.
Jérome Edou
08 Juillet 08
jerome@basecamptrek.com
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