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Avec la fermeture de l’Hôtel Yak & Yeti se referme aussi l’une des belles histoires du Népal, l’histoire de Boris de Katmandou, danseur étoile, chasseur de tigre, artiste, homme du monde et créateur de génie.
C’est en se glissant dans un corps de ballet en route pour Paris que Boris échappa en 1923 à l’Armée Rouge et devint danseur malgré lui. Quelques années plus tard, en tournée asiatique à Calcutta, il lâche la troupe et fonde le 300 Club, le premier club ouverts aux Indiens – Maharajas et affiliés s’entend ! En 1954, conquit par la beauté primordiale du Népal qui est encore coupé du monde et fermé aux touristes, il décide d’ouvrir un hôtel en convaincant un vieux général Rana de partager avec lui son immense Palais. C’est ainsi que naquit l’Hôtel Royal et son fameux bar, le Yak & Yeti.
Les débuts furent difficiles car il fallut tout apporter de l’Inde à dos de coolie, des couverts aux toilettes, des lits aux batteries de cuisines; et il est facile d’imaginer la tête des douaniers de Raxaul, mangeurs de Dal Bhat * devant l’éternel, lorsque Boris tentait de leur expliquer l’importance capitale d’importer du caviar ou du salami dans leur beau pays !
Le Yak & Yeti situé au deuxième étage n’était pas seulement le coeur de l’hôtel mais il était aussi le centre névralgique de Katmandou où se côtoyait tout le beau monde de l’époque, d’Hillary (Sir Edmond) aux premiers cosmonautes russes en visite, de Toni Hagen le géologiste suisse à Aufchnaiter le camarade d’échappée autrichien de H. Harrer auteur du célèbre Seven years in Tibet, en passant par tous les princes de sang népalais. Mais comme le raconte M. Peissel, auteur du livre de référence sur Boris (2) et à qui nous empruntons ces anecdotes, le problème était qu’il n’y avait souvent rien à boire au Yak & Yeti, Boris ayant été emprisonné après avoir ouvert la première distillerie du Népal et sans doute ‘oublié’ de payer certaines taxes... Dès lors, les clients huppés du bar devaient souvent se contenter de siroter de la limonade en espérant l’arrivée prochaine de l’avion de Patna et la bonne humeur des douaniers de l’aéroport !
Finalement l’apogée de la carrière de Boris et de l’Hôtel Royal fut le couronnement du Roi du Népal : à peine sorti de prison, il fut nommé conseiller du Palais pour le protocole occidental et chargé d’organiser réceptions, dîners et autres accommodations pour les invités royaux. Il affréta 3 DC-3 pour faire venir les denrées et leurs cuisiniers, la porcelaine de Chine, les poulets, les baignoires et même la glace de l’Inde mais lorsque le poisson de la Baie du Bengale prit du retard, c’est finalement avec du thon en boîte que Boris reconstitua à la dernière minute, ce qui devait être le plat de résistance du dîner royal !
Comme le dit un chroniqueur américain de l’époque, “Boris est la deuxième attraction du Népal, après l’Everest !”
Et voilà que se ferme aujourd’hui l’Hôtel Yak & Yeti qui tire son nom de cette époque glorieuse : étrangement le Royal Hôtel est devenu le siège de la Commission des Elections, mais c’est une autre histoire…
Jérome Edou
En ce jour d’élections municipales au Népal
08 Février 06
jerome@basecamptrek.com
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