Le Mustang est le dernier Royaume tibétain. Le trek au Mustang, bien que situé au Népal, nous plonge dans la culture tibétaine et les monastères bouddhistes du Mustang appartiennent tous à la grande lignée Sakyapa. Un trekking au haut Mustang nous permet de découvrir Lo Manthang, la capitale niché au haut Mustang et ses monastères, peintures rupestres et autres merveilles cachées de l'art bouddhiste dans le cadre grandiose des plateaux désertiques himalayens.

Pendant des siècles, le grand canyon de la Kali Gandaki entre Népal et Tibet fut l’une des routes commerciales les plus fréquentées de l’Himalaya. Oasis au cœur du désert ocre, le petit royaume du Lo Manthang, – appelé Mustang par les Anglais, nom qui n’a rien à voir avec les chevaux du Far West américain – fut pendant près d’un millénaire le passage obligé pour les caravanes de commerce qui faisaient étapes dans les caravansérails de cette capitale miniature du bout du monde.
Au fil des saisons, les sonnailles des longues caravanes de mules festonnées résonnaient sur les sentiers escarpés qui surplombent les gorges de la Kali Gandaki. Inlassablement, elles descendaient du Tibet le sel et la laine et remontaient du Népal ou de l’Inde, le thé, le riz et autres produits manufacturés. Solidement retranchés dans leur puissante forteresse, à l’abri des hauts murs qui ceinturent leur cité, les rois de Lo accumulèrent des richesses fabuleuses en prélevant des taxes sur tous ces produits qui transitaient par la ville.
Comme leurs homologues de Katmandou ou du Ladakh, les princes de Lo investirent donc ces richesses, amassées somme toute facilement, dans des œuvres de culture. Ils invitèrent des artistes néwars, – peintres, sculpteurs et charpentiers – et des maîtres bouddhistes du Tibet qui, ensemble, érigèrent les temples de Lo, de Tsarang ou de Lo Guékhar. De cette terre que l’assistant tibétain de Peissel, qui visita le Mustang en 1964, décrivait comme ‘’aussi désolé qu’une peau de cerf mort’’, ils firent sortir des chefs d’œuvres.
Dans la pénombre du grand temple de Maitreya, les grands Bouddhas sommeillent sous leurs parures d’or et de brocart tandis que, dehors, dans la lumière aveuglante de midi, règne une frénétique agitation. Ici les charpentiers sculptent des linteaux, là les peintres ariment leur lourd échafaudage, plus loin des artisans réparent les arabesques d’un chorten de terre rouge, tandis que, dans un coin de la cour, quelques femmes préparent d’étranges mixtures dans de grands chaudrons de cuivre qui frémissent sur un feu de bois. Au milieu du chaos, Luigi, italien et responsable de la restauration du temple, tel un capitaine de vaisseau dans la tempête, distribue les ordres. Il encourage les uns, prête la main aux autres, choisis d’un rapide coup d’œil expert la tonalité d’une retouche de sinabre ou le motif d’une frise.
Quand la tourmente s’apaise, il nous fait pénétrer dans son antre : ‘’- Cela fait neuf étés que je passe ici. J’ai formé une équipe de quarante artistes locaux, tous d’anciens paysans, qui travaillent avec moi. Nous avons passé quatre campagnes à gratter la couche d’argile qui recouvrait les fresques puis il a fallu recoller des pans entiers qui s’étaient détachés des murs, avec des plaques vissées, - quelques millimètres par jour pendant des mois - tout en injectant de l’eau à la seringue entre les deux épaisseurs pour faire fondre les boules d’argile. Dur nerveusement !’’ Libérés de leur gangue, cent huit mandalas du XVième, d’un raffinement inouï, ont ressurgit dans ce décors où le temps et les éléments semblent fossilisés. Tout à sa passion Luigi évoque aussi sa récente découverte dans la région de Luri. Parti en mission exploratoire avec une équipe d’alpinistes et de chercheurs, un berger leur indiqua une grotte où ils découvrirent plus de cinquante fresques d’influence indienne dans un état de conservation extraordinaire et datant sans doute des alentours du XIII ième siècle, témoignages inestimables d’un art accomplit digne des trésors d’Ajanta ou d’Alchi. ‘’Qui a habité ces grottes percées au cœur de ces falaises abruptes ? Pour l’instant cela reste un mystère insondable. Et, ajoute-t-il philosophe, il y a plus quarante mille grottes au Mustang…’’
Au loin, la caravane s’est remise en route et négocie avec précaution les lacets du sentier qui dominent la Kali Gandaki tandis que les nuages de prémousson s’effilochent lentement sur les Annapurnas et le Dhaulagiri.
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