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La nuit de Shiva

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En ce jour de Shivaratri, la grande nuit de Shiva, près de 300 000 dévots venus de tout le Népal sont attendus sur les bords de la rivière Bagmati pour honorer Pashupati, une des incarnations de Shiva. Parmi eux, quelque cinq mille naga babas, ascètes nus, barbus et fumeurs invétérés de marijuana se rassemblent pour célébrer Shiva, le créateur, le destructeur et le saint patron de tous les amateurs de ganja. Selon l’une des nombreuses légendes qui entourent Shivaratri, les dieux ayant par inadvertance déterré un poison qui risquait de détruire le monde, Shiva le but mais il dut rester éveillé une nuit entière pour en dissoudre les effets. Ses disciples lui tinrent donc compagnie tout au long de la nuit en dansant autour d’un grand feu. Depuis lors, les dévots de Shiva commémorent cet acte de bravoure en fumant des pétards toute la nuit autour de grands feux sur la colline qui domine le temple de Pashupati dans la proche banlieue de Katmandou.

A l’entrée du temple, le vieux garde enveloppé dans sa vareuse militaire veille sur les chaussures et trie les élus sous un panneau proclamant : ‘for Hindus only’. Mais là commence la difficulté : quels sont les critères qui déterminent cette hindouitée qui donnerait accès à l’enceinte sacrée ? Est-ce la caste, la couleur de la peau, la religion ? Par définition on ne peut se convertir à l’hindouisme, on naît hindou. Mais à Pashupatinath c’est le faciès qui fait loi : vous pouvez être musulman, descendant des Moghols qui envahirent l’Inde entre les IX et XIII ièmes siècles et qui anéantirent l’hindouisme et le bouddhisme dans la vallée du Gange, si vous êtes népalais, le garde vous laissera passer sans problème. Vous pouvez aussi être un de ces quelques milliers de Népalais chrétien convertis pour quelques sous par des missionnaires sans vergogne. Ou encore, appartenir à l’une des ethnies des montagnes - Tamang, Gurung ou Sherpa - considérées comme hors caste dans le système hindou, le garde ne lèvera pas un sourcil. Par contre il y a quelque temps de cela, un groupe de riches pèlerins Indonésiens hindous et leur prêtre, se vit purement et simplement refuser l’entrée du temple et cet impair faillit créer un incident diplomatique. Donc à Pashupatinath, l’hindouisme est une nationalité, même si la plupart des babas viennent de l’Inde voisine.

          Mais cette année la fête de Shiva risque de perdre de ses fastes. En effet, les autorités népalaises ont décidé d’interdire la ganja à Pashupatinath et le Pashupati Area Development Trust se dit prêt, avec l’aide de la police, à déclarer la colline de Shiva « zone sans marijuana », sans aucune considération pour Shiva et sa cohorte de dévots : devront-ils abandonner la ganja et se mettre au lait de chèvre pour rester éveillé toute la nuit ?

 

 

C’est un peu comme si on remplaçait le Beaujolais nouveau par du Coca light ou le champagne de toutes les célébrations festives par une vulgaire limonade…

Tout fout le camp.

 

Katmandou, la nuit de Shivaratri, 14 Février 2018